Quelques mots sur Mahshid Amirshahi (Amir-Shahy)

Extrait de la préface de Hezarbisheh :

 

Mahshid Amir-Shahy se tient au premier rang des écrivains de l'Iran contemporain. Elle commença très tôt sa carrière et fut remarquée par la critique autant impressionnée par la précocité du talent que par la qualité littéraire de ses œuvres. Cette qualité de style ne manqua pas de s'affiner et de varier au fil des livres qui se succédèrent et Mahshid Amir-Shahy réussit ainsi à s'affirmer comme l'une des figures éminentes de la littérature persane contemporaine.

Mahshid Amir-Shahy a un style limpide, coloré, précis, sensible et inimitable, aussi à l'aise pour decrier ses personnages que dans la description du monde qui les entoure. L'éclat de son style provient surtout de l'étendue de son vocabulaire, et, toujours généreuse de ses mots, elle permet à ses personnages de se faire connaître au lecteur à travers le rapport qu'ils entretiennent avec la langue et par l'intermédiaire des dialogues construits avec une maîtrise inégalée dans la littérature persane de notre siècle.

La variété de l'œuvre de Mahshid Amir-Shahy ne permet pas de la classer dans une de ces catégories qui conviennent parfois si bien aux écrivains iraniens de ce siècle. Son individualisme et sa rigueur artistique l'ont toujours empêché de rejoindre les modes littéraires ou politiques qui n'ont pas cessé d’influencer les milieux artistiques et intellectuels en Iran. Elle a préféré construire son œuvre en marge de ces ramous qui facilitent la reconnaissance, routinisent la création artistique et répondent favorablement aux demandes d'un public passager mais qui, sur le long terme, se révèlent fatals pour le destin de l'œuvre.

Son rapport à la littérature et au politique fait penser à Gide. Parce qu'elle s'est consacrée en premier lieu à la construction d'une œuvre de très grande qualité littéraire tout en n'hésitant pas à intervenir dans le débat publique aux moments les plus graves, en ayant le courage de prendre des positions parfois très impopulaires comme Gide l'avait fait au moment de l'affaire Dreyfus, ensuite face au communisme et pendant l'occupation de la France.

Au seuil de la révolution qui allait porter Khomeyni au pouvoir, son sens aigu du respect de l'homme, si palpable dans son œuvre, la poussa à prendre publiquement des positions politiques, à s'élever contre l'avancée de l'intégrisme et à défendre les minces chances d'une démocratie laïque. Cette prise de position l'accula à l'exil où elle continua à publier plusieurs romans tout en s'engageant de plus en plus dans la lutte contre l'islamisme.

Hezarbisheh, an recueil trilingue (français, anglais, persan), où la langue originale des textes a été conservée, comporte une sélection de discours, articles et entretiens rédigés ou effectués en exil.

L'humanisme et l'attachement à la cause de la promotion de la démocratie laïque dans les pays musulmans constituent le fil conducteur de ces textes à la fois forts et subtils.